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   En contradiction formelle avec l’article 1 de la charte élaborée sous ses ordres et rédigée par le plus éminent juriste de l’époque, René Cassin : « Le général de Gaulle procède à la constitution d’une force française de volontaires. Cette force ne pourra jamais porter les armes contre la France ».

   Il a toujours été très facile, pour De Gaulle, d’oublier ses serments quand cela servait ses ambitions.

   Le 6 août 1940, donc un mois après le drame de Mers-el-Kébir, où ce sont les Anglais qui ont massacré plus de 1900 officiers et marins français, mais avec l’accord tacite du général,  De Gaulle et Churchill mettent au point une opération visant Dakar et le ralliement plus que probable de l’AOF.

   Le 23 septembre à l’aube la force navale «M comme Menace» se présente au large de Dakar. Elle se compose de deux cuirassiers, un porte-avions et de plusieurs croiseurs et destroyers.

   En ce qui concerne plus particulièrement De Gaulle, une première bataille victorieuse engageant des soldats français, sous le commandement de « leur » général, est nécessaire puisqu’il vient de se proclamer le chef de la France Libre et qu’il souhaite obtenir un succès diplomatique, qu’il estime certain.

   De Gaulle et Chrichill n’ignorent pas que 1260 tonnes d’or de quelques pays européens, dont la France, ont été acheminés vers Dakar et ce trésor, comme plus tard la moitié de l’or français dissimulée à Alger, les intéresseront au plus haut point pour des raisons évidentes.

   L’opération est dirigée contre les forces françaises, sous le commandement du gouverneur général de l’AOF, Pierre Boisson, aux ordres du gouvernement de Vichy.

   De Gaulle envoie un message à la garnison, sans s’adresser directement au gouverneur Boisson. Il fait décoller quelques appareils afin de lancer des tracts sur la ville, annonçant son arrivée tel un messie venu «défendre et ravitailler Dakar».

   Ils sont accueillis à coups de DCA.

   Puis vient la troisième opération psychologique avec l’arrivée de deux vedettes dans le port pour déposer une délégation conduite par le Capitaine de Frégate d’Argenlieu, le futur amiral, qui rapidement éconduite, doit rembarquer précipitamment sous quelques rafales de mitrailleuses et s’échappe de justesse.

    Au bout de deux heures, l’opération de charme se termine en fiasco.

   Or, de ce premier échec, De Gaulle tire les conclusions suivantes : «De l’ensemble de ces indices, je ne tirais pas l’impression que la place fût résolue à une résistance farouche. Peut-être la marine, la garnison, le gouverneur, attendaient-ils quelque événement qui pût leur servir de prétexte à une conciliation ? Vers midi, l’amiral Cunningham m’adressa un télégramme pour m’indiquer que tel était, à lui aussi, son sentiment.»

   Après quelques nouvelles tentatives vouées à l’échec, De Gaulle s’incline et conclut : «Décidément, l’affaire était manquée ! Non seulement le débarquement n’était pas possible, mais encore il suffirait de quelques coups de canons, tirés par les croiseurs de Vichy, pour envoyer par le fond toute l’expédition française libre. Je décidais de regagner le large, ce qui se fit sans nouvel incident.»

   Un ultimatum est adressé au gouverneur Boisson l’accusant de vouloir livrer la place aux allemands. La réponse ne se fait pas attendre, elle est cinglante : «La France m’a confié Dakar. Je défendrai Dakar jusqu’au bout».

   A aucun moment De Gaulle n’a tenté de stopper cette aventure qui a fait près de 150 morts parmi les marins et les aviateurs français et plus d’un millier de victimes parmi la population civile. Il s’est contenté d’assister impuissant et désemparé à cet inutile affrontement. Il se contente de conclure par cette phrase : «L’amiral Cunningham décida d’arrêter les frais. Je ne pouvais que m’en accommoder. Nous mîmes le cap sur Freetown».

   Pas un seul mot, pas un seul regret, une fois de plus, pour tous ces français massacrés avec son consentement.

    L’aventure anglo-gaulliste de Dakar eut des conséquences considérables.

   D’un côté, le régime de Vichy sortait renforcer de l’épreuve, le massacre de Mers El-Kébir était vengé et la cohésion des troupes et de la marine autour de la personne du maréchal Pétain revigorée.

    De l’autre, le crédit du Général De Gaulle dégringolait en chute libre. Très honnêtement, le chef de la France Libre ne s’en cache pas : «A Londres, une tempête de colère, à Washington, un ouragan de sarcasmes se déchaînèrent contre moi".

    Pour la presse américaine et beaucoup de journaux anglais, il fut aussitôt entendu que l’échec de la tentative était imputable à De Gaulle, mais Churchill, lui aussi, sortait de l’aventure en fâcheuse posture. Il dut subir les sarcasmes de la Chambre des Communes et fut à deux doigts d’être démissionné.

    Il avouera : « J’ai essayé dans toute la mesure du possible de collaborer avec De Gaulle en tenant compte de son caractère difficile et de l’étroitesse de ses vues».

   Cette expédition, mal préparée, mal ficelée, conçue à partir d’études de facteurs opérationnels et psychologiques mal conduites, pesa lourdement sur les rapports déjà tendus entre De Gaulle et le clan anglo-saxon.

   Dakar, un bel échec, en effet ! Cette fois, une nouvelle étape avait été franchie dans l’horreur de cette guerre, pour la première fois du sang français coulait sous l’effet d’armes françaises.

 

Malheureusement, les combats fratricides franco-français ne s’arrêtèrent pas là. Quelques mois plus tard, au cours des événements dramatiques de Syrie de 1941, de nouveaux affrontements franco-français, encore plus sanglants devaient avoir lieu.

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