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(Avec copie au Ministre de l’Education nationale)

 

Vous avez été très longtemps le fleuron des éditions pédagogiques françaises mais j’ai le regret de constater qu’aujourd’hui, à l’exemple de vos pages « Hachette éducation – Terminale ST2S – Histoire-Geographie-Education civique » concernant tout spécialement la guerre d’Algérie, vous devenez, je l’espère malgré vous, le fleuron de la désinformation et du mensonge.

Cela ne serait pas d’une grande importance si vos textes ne s’adressaient pas à des jeunes étudiants qui vont, à cause de votre ignorance, volontaire ou non, apprendre une histoire tronquée et erronée.

**Exemple : sujet d’étude 2. Page 74

Vous citez les troubles du 8 mai 1945 à Sétif violemment réprimés par l’armée française en omettant d’indiquer qu’avant cette répression les manifestants indépendantistes avaient massacrés des enfants, des femmes et des vieillards qui fêtaient la victoire de la France : bilan 102 morts (dont le maire communiste de Sétif les deux mains sectionnées) et 110 blessés.

**Sur cette même page vous citez le livre « L’incendie » du poète et romancier algérien Mohammed Dib, édité par Le Seuil en 1954.

On peut se poser la question : pourquoi ce choix ? Mais passons.

Dans l’extrait que vous présentez l’auteur indique que les terres ont été enlevées aux fellahs car ils étaient incapables d’en faire quelque chose de propre ou de productif, à part l’agave, le jujubier et le palmier nain. Donc qu’on les a dépouillé de leur biens au nom de la civilisation… car c’était la loi. Qu’ainsi le pays a changé de main et que le peuple de cette terre est devenu étranger sur son propre sol.

De mémoire d’homme, ajoute-t-il, on n’a connu une aussi effroyable malédiction.

Je laisse la responsabilité de cet extrait ridicule à son auteur et à vous qui l’avez choisi mais n’y avait-il pas d’autres extraits plus littéraires et véridiques à proposer aux étudiants, par exemple Albert Camus ?

**La vérité historique est qu’il ne poussait rien dans ce pays avant l’arrivée des Français, en 1830, à part justement l’agave, le jujubier et le palmier nain. Que le pays n’a pas changé de mains mais qu’il a été exploité par d’autres mains qui l’ont rendu autrement plus productif.

Jamais l’Algérie n’a été aussi prospère que durant les 130 années de la colonisation et de mémoire d’homme on ne connait plus cette prospérité depuis l’indépendance.

J’espère que Mohammed Dib réside toujours en Algérie pour le constater !

Contrairement aux affirmations de l’auteur aucune terre n’a été confisquée aux Arabes :

*27% des terres cultivées appartenant à des européens provenaient pour 1.000.000 d’hectares environ du domaine public turc.

*Un autre million d’hectares de terres était acheté par les européens à leurs propriétaires Arabes.

Il est nécessaire de bien comprendre qu’une très importante surface des terres occupées dans de très vastes régions n’appartenaient à personne, ni aux ottomans ni aux Arabes.

Les fermes déjà exploitées par des autochtones n’étaient pas saisies. Cela n’était vraiment pas nécessaire.

*500.000 hectares seront confisqués (expropriés, ou mis sous séquestre, par l’État) lors de la révolte Kabyle de 1871. Ils seront rendus en grande partie à leurs anciens propriétaires par la suite.

*Les lots étaient distribués selon un programme extrêmement bien planifié.

Les villages de colonisation devaient être créés avec une superficie définie :

*36,30% des exploitations européennes avaient moins de 10 hectares.

*22,77% de 10 à 49 hectares.

*11,96% de 50 à 99 hectares.

*28,96% avaient plus de 100 hectares. Elles étaient uniquement consacrées aux céréales avec un rendement de 3 à 4 fois inférieure à celui de la métropole.

- Dans cette même page vous conseillez aux étudiants de lire des ouvrages dont la plupart sont écrits par des historiens dont l’idéologie est orientée vers une pleine responsabilité de la France coloniale, notamment ceux de Benjamin STORA.

 

**Page 76 : vous faites référence à la répression de la manifestation qui s’est déroulée à Paris le 17 octobre 1961 indiquant plusieurs dizaines de morts musulmans jetés dans la Seine.

Ainsi vous faites vôtre la thèse de Jean-Luc Einaudi alors que toute la presse de l’époque dément ces informations ridicules (Voir la « Une » des quotidiens d’octobre 1961).

« J’ai couvert directement pour L’Aurore l’enquête officielle sur ce sujet et je certifie ce qui suit :

- Le 17 octobre 1961, alors que se déroulait dans Paris un soi-disant massacre, l’Institut Médico-Légal (la Morgue), n’a enregistré aucune entrée de corps de « NA » (NA= Nord- Africain dans la terminologie de l’époque).

- Le 17 octobre 1961, de 19h30 à 23 heures, il n’y eut qu’une seule victime dans le périmètre de la manifestation, un Français nommé Guy Chevallier, tué vers 21h devant le cinéma REX, crâne fracassé. Par qui ?

- En dehors du périmètre de la manifestation, « seuls » 2 morts furent dénombrés, Abdelkader Déroues tué par balle et retrouvé à Puteaux et Lamara Achenoune tué par balle et étranglé, gisant dans une camionnette, également à Puteaux. Rien ne permet de dire qu’ils furent tués par les forces de l’ordre, puisque la manifestation ne se déroulait pas à Puteaux.

- Le 18 octobre, à 04 heures du matin, le bilan était de 3 morts. Nous sommes donc loin des 200 à 300 de morts et de « noyés » auxquels le président de la république (François hollande) vient de rendre hommage.

Mais, nous dit-on, les cadavres ont été déposés à la morgue les jours suivants.

C’est absolument faux. Les archives de l’Institut Médico-Légal de Paris affirment qu’entre le 18 et le 21 octobre, 4 cadavres de « NA » seulement furent admis à la morgue.

- Le 18 octobre, Achour Belkacem tué par un policier invoquant la légitime défense et Abdelkader Benhamar mort dans un accident de la circulation à Colombes.

- Le 20 octobre, Amar Malek tué par balles par un gendarme.

- Le 21 octobre Ramdane Mehani, mort dans des circonstances inconnues.

Mais sans doute êtes-vous persuadés que les médecins légistes et les fonctionnaires d’état de l’époque ont été « payés » ou ont subis des pressions afin de «dissimuler» ces 200 à 300 cadavres…et que depuis plus de cinquante ans ils se taisent !! »

**Page 77 : Une photo unique montre un cas de torture infligée par l’armée française. Nous tenons à votre disposition des dizaines de photos concernant les tortures infligées par le FLN et l’ALN sur des civils et des soldats français.

Dans la rubrique « Analyser les documents » vous proposez aux étudiants d’expliquer « En quoi la république française conduit-elle une politique en contradiction avec ses principes ? »

Vous auriez dû auparavant enseigner à ces étudiants, et à nous-mêmes également, quels étaient les principes de la République française en contradiction avec sa politique menée en Algérie ?

**Page 78 : vous atteignez le sublime de la dissimulation, de la désinformation et du mensonge.

- Principales actions du FLN entre avril et juin 62 : un seul mot « Enlèvements ».

Que faites-vous des 1287 civils et des 76 militaires disparus entre ces dates ?

Des 18 tués, des 39 blessés et des 586 disparus, tous appelés du contingent de l’armée française (source Bureau des Archives Militaires de Pau en date du 6 mars 2013). Ont-ils été simplement enlevés ou plutôt assassinés, puisqu’on ne les a plus revus ?

Et les 91 actions contre l’armée française dans les 48 heures qui ont suivi le 19 mars 62 : bilan 18 tués, 39 blessés et 586 disparus (selon le témoignage d’Eugène-Jean Duval, contrôleur général des Armées).

Vous passez sous silence, comme si vous l’ignoriez, les 3000 disparus, assassinés, massacrés, lors de la semaine du 5 juillet 62 à Oran.

Vous osez écrire « enlèvements » tout simplement !!

Le comité international de la Croix Rouge publie un communiqué officiel rappelant que le délai de 20 jours (précisé dans les accords d’Évian) a expiré le 8 avril 1962. Alors que le gouvernement français a libéré 3680 prisonniers détenus en Algérie, le GPRA reste silencieux et que les prisonniers qu’il détient ne nous sont pas rendus.

Les autorités françaises connaissent les noms des disparus et la plupart des lieux de détention. Le gouvernement français s’oppose aux visites de la croix Rouge dans les camps où les européens sont retenus.

**Un « télégramme très secret », signé Louis Joxe et daté du 2 avril 1962, en témoigne  « Je serais, pour ma part, hostile à une intervention quelconque de la Croix rouge internationale dans tout ce qui concerne les arrestations et détentions d’européens ».

**De l’aveu même de Christian Fouchet, haut-commissaire de la république, des centaines de personnes enlevées sont prisonnières dans les camps de l’ALN au Maroc et en Tunisie.

(Selon certaines sources 11 cartons seraient conservés « au secret » à Nantes malgré l’ouverture des archives aux historiens.)

Pour le FLN et l’ALN il s’agissait purement et simplement d’une épuration ethnique : aucun non musulman ne devait rester en Algérie après l’indépendance.

**Alors, Messieurs, Mesdames des Éditions HACHETTE, n’avez-vous pas accès à ces renseignements officiels ?

En revanche vous savez souligner les principales actions de l’OAS entre février et juin 62.

- Bombardements (mais avec quels avions ? Vous pourriez préciser qu’il s’agissait de tirs de mortiers)

- Attaque d’une patrouille du contingent (vous auriez dû vous renseigner sur les circonstances exactes que je tiens à votre disposition)

- Attaque de la clinique du Beau Fraisier (Là également aucune indication sur les raisons de l’attaque de cette clinique réservée au FLN et des pratiques qui étaient exercées sur des européens et là je préfère vous épargner les détails.)

- Voiture piégée contre les dockers musulmans sur le port d’Alger (il s’agissait d’une réplique aux différents charniers de plusieurs dizaines d’européens découverts quotidiennement. Puisque l’armée ne nous protégeait plus il fallait bien nous protéger nous-mêmes !)

- Incendie de la bibliothèque universitaire, etc.

Vous manquiez certainement de place pour citer tous les autres « crimes » commis par l’OAS :

-Vous auriez pu réserver un chapitre aux principales actions criminelles des « barbouzes », au service du gouvernement de la République française, aussi bien en Algérie qu’en métropole, contre des Français. Attentats que l’on attribuait à l’OAS.

 -Vous oubliez par exemple les attaques contre les villas Radjah, Dar Likoubia et d’Andréa qui coûtèrent la vie à une centaine de « barbouzes » payés par l’État français pour abattre des sympathisants de l’organisation.

Vous passez très rapidement sur les « Principales actions des forces de l’ordre en mars à Alger par l’armée française » :

Ratissage de Bab-el-Oued et fusillade.

- Ratissage, plus de vingt morts, des dizaines de blessés, 7000 logements saccagés et des milliers d’arrestations.

- Fusillade (vous ne précisez pas mais je suppose qu’il s’agit de celle du 26 mars 62 rue d’Isly). Sur ordre de De Gaulle, confirmé par le ministre de l’intérieur Christian Fouchet en mai 1968, assassinat d’une centaine d’européens qui défilaient sans armes.

Dans la rubrique « Repères » vous expliquez que les « Accords d’Évian » se traduisaient par un cessez-le-feu immédiat sur le territoire algérien. Sans préciser cependant qu’il s’agissait d’un cessez le feu unilatéral du côté français, et non pas du FLN et de l’ALN. On a pu comptabiliser ainsi les milliers de morts après ce 19 mars 1962 sans que l’armée française intervienne, restant l’arme au pied et laissant massacrer des Français qu’elle était censée protéger.

*Les étudiants qui se penchent sur vos textes vous sont gré pour le petit poème rédigé par un enfant algérien. Sans doute qu’ils n’existent pas, à votre connaissance, des poèmes rédigés par des enfants français !!

*Ils vous remercient également pour la photo 14 (mémorial du martyr d’Alger représentant un combattant de l’Armée nationale populaire brandissant la flamme de la liberté). Cette photo aurait pu être accompagnée de la photo du monument aux morts d’Algérie, boulevard Laferrière, tombés lors de la dernière guerre pour libérer la France et en reconnaissance voir leurs enfants assassinés par les enfants de ceux qu’ils avaient aidés à libérer.

C’est un livre entier qu’il me faudrait pour rectifier vos dissimulations et vos mensonges, à moins que ce ne soit tout simplement de l’ignorance.

Je m’adresse, pour conclure, à monsieur le Ministre de l’Éducation nationale, Vincent PEILLON.

Monsieur le Ministre,

« Je ne doute pas une seule seconde que vous soyez un patriote et que vous ne pouvez pas accepter que votre pays, la France, soit accusée, dénigrée et présentée de cette façon aux étudiants que vous avez la charge de former.

J’espère donc que vous interviendrez afin qu’ils aient droit à un débat républicain.

  **« Vous tenez en vos mains, l’intelligence et l’âme des enfants. Vous êtes responsables de la Patrie. Les enfants qui vous sont confiés… ils sont Français et ils doivent connaître la France, sa géographie, son histoire : son corps et son âme », déclarait Jean Jaurès à l’intention des instituteurs.

 **« On doit le respect aux morts, on ne doit que la vérité aux vivants »

(Anatole France)

Monsieur le ministre, et vous tous qui vous prétendez historiens, écoutez-les !

 

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