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Barricades d’Alger – Janvier 1960 (suite)

Dans un premier temps, de Gaulle condamne fermement l’action des insurgés, des « usurpateurs » dit-il. « Il faut savoir en finir avec une affaire comme celle-là. Il ne faut pas avoir peur de verser le sang si l’on veut que l’ordre règne et que l’État existe. Donnez l’assaut si c’est nécessaire. »

Mais il n’est pas suivi et devant l’urgence de la situation qui lui échappe, le chef de l’État s’exprime de nouveau :                  « Comment pouvez-vous douter que si un jour les musulmans décidaient librement et formellement que l’Algérie de demain doit être unie à la France, rien ne causerait plus de joie à la patrie et à de Gaulle que de les voir choisir entre telle et telle solution, celle qui serait la plus française ».

Entendant ces phrases, les officiers des régiments de parachutistes négocient la reddition des «insurgés» et le 1er février ils sortent des barricades devant l’armée française qui leur rend les honneurs en présentant les armes au garde à vous. Ils seront incorporés immédiatement dans un commando de la Légion, le 1er REP, à Zeralda, près d’Alger.

Ce qu’il faut admettre en toute objectivité, c’est que de Gaulle fait preuve ensuite d’une intelligence machiavélique pour tirer un profit maximum de cette opération qui a été un échec pour lui.

La décision qu’il va prendre sera très lourde de circonstances pour la suite de cette « guerre d’Algérie » car, sans elle, il aurait pu en être tout autrement.

Profitant de la situation présente, il ordonne de dissoudre les unités territoriales.

Ces unités territoriales avaient été formées, en 1955, par le rappel sous les drapeaux de tous les réservistes européens de l’armée française mobilisables d’Algérie (jusqu’à 48 ans), soit 250 000 hommes.

Les unités territoriales sont donc dissoutes sur ordre de l’Élysée pour avoir pris part à la semaine des barricades.

Hier je vous ai exposé mes faits tels qu’ils se sont déroulés, tels que nous les avons vécus, mais il est préférable d’avoir des preuves, n’est-ce pas ?

J’ai assisté, comme chroniqueur judiciaire du quotidien « L’Aurore », du 3 novembre 1960 au 3 mars 1961, à ce procès des « inculpés d’Alger » ; accusés : les officiers Gardes, Argould, Joudes, Sapin-Lignères, Marcel Ronda, Sanne et les civils Alain de Sérigny, Pierre Lagaillarde, Jean-Claude Pérez, Lefèvre, Marcel Rambert. Ils étaient défendus par maîtres Tixier-Vignancourt, Isorni, Goutermanoff et Charpentier.

Lors de son témoignage, le capitaine de la Bourdonnaye affirme : « J’ai arrêté le tir d’un FM qui avait déjà utilisé trois chargeurs. Le colonel Godard l’a vu comme moi et le commandant Allaire également ». Ces deux derniers officiers confirment devant le président du Tribunal, M. Thiriet, le témoignage du capitaine.

Usant de son pouvoir discrétionnaire, le président Thiriet convoque le général Morin, commandant la gendarmerie d’Algérie, qui témoigne à son tour et déclare que « contrairement aux prescriptions permanentes, le colonel Debrosse avait donné l’ordre de prendre des FM. Il n’avait reconnu que le tir d’une rafale par ses gendarmes ».

Lors d’une audience les experts légistes révèlent que sur les 14 gendarmes tués, 9 l’ont été par des balles tirées dans le dos. Des douilles récupérées sur place, par le colonel Godard, permettent de prouver que les munitions qui ont abattu les gendarmes avaient été distribuées quelques jours auparavant aux « auxiliaires du service d’ordre ».

L’accusation, par ordre, se charge de noyer l’incident et les juges acquittent tous les inculpés

Prévoir alors qu’elle aurait été la détermination de De Gaulle, désavoué par son armée et par une partie importante des parlementaires : poursuivre sa politique d’abandon à l’aide de son référendum et de ses « accords d’Évian » ou se retirer devant l’impossibilité d’appliquer l’autodétermination et d’offrir l’indépendance au FLN et à l’ALN, vaincus sur le terrain des opérations ?

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